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12/02/2012

Le Monde 12 février 2012

La rude traque aux parrainages pour Marine Le Pen dans l’Yonne

Il y a 455 communes dans l'Yonne, dont un tiers compte moins de deux cents habitants. Une population rurale, plutôt âgée, qui a vu peu à peu se fermer les maisons, le bureau de poste, la boulangerie et le café. Ces villages cerclés de petites exploitations familiales, figés dans le froid de février, sont des terres de conquête pour le Front national.

Edouard Ferrand et Richard Jacob cherchent des promesses de parrainage pour Marine Le Pen. ©Antonin Sabot / LeMonde.fr

Mais pour l'heure, ce sont leurs maires et leur précieux pouvoir de parrainage qui intéressent le parti de Marine Le Pen. Vendredi 10 février, on a suivi Edouard Ferrand, conseiller régional de Bourgogne et Richard Jacob, conseiller municipal d'Auxerre, dans leur quête de signatures.

Toutes les communes ont été démarchées "par un courrier de Marine" et relancées par téléphone, expliquent-ils. "Mais maintenant, ce que nous cherchons, c'est un contact physique avec les maires des petites communes. C'est là qu'on a le plus de chances d'obtenir un parrainage. Tout ce qui est politisé, on élimine". En 2007, sur les dix-huit promesses de signature pour Jean-Marie Le Pen reçues dans le département, seules huit sont allées au bout. "Là, on est encore très loin du compte",soupire Edouard Ferrand.

Les militants du Front National assurent qu'ils sont encore loin du nombre de parrainages nécessaires à la candidature de Marine Le Pen.© Antonin Sabot / LeMonde.fr

Première halte. Richard Jacob gare sa Mercedes bleu sombre dans la cour d'une mairie-école et les deux hommes empruntent l'escalier qui mène au secrétariat de mairie. A leur jovialité un peu appuyée répond l'accueil glacé du maire.

"Moi, je vous le dis tout de suite. Je ne fais pas de politique", dit l'élu, les bras croisés sur la poitrine. La secrétaire de mairie plonge le nez dans ses dossiers.

On vient juste vous demander de faire un acte civique, nous, on ne peut compter que sur les petites communes rurales... 

- C'est non. 

-Et pourquoi? 

Moi, par principe, je ne signe pour personne. 

- Si c'était confidentiel, vous changeriez d'avis?  

Non, absolument pas. 

Inutile d’insister. Richard Jacob sort tout de même sa carte d'élu, qu'il tend au maire du village. "Je vous la laisse, au cas où..."

Nouvelle étape, quelques kilomètres plus loin. La mairie est fermée. Richard Jacob glisse sa carte dans l'embrasure de la porte. "C'est l'un de nos problèmes. Les mairies n'ouvrent que certains jours, à certaines heures", soupire-t-il.

La mairie est fermée. ©Antonin Sabot / LeMonde.fr

Dans le village suivant, une affichette indique: "Réunion intercommunale, premier étage". "Bonne pioche!" glisse Richard Jacob. Mais à peine prononcent-ils le mot de parrainage que les cinq élus s'ébrouent. Un seul accepte d'engager la discussion. "Le problème, c'est la presse locale. Ils vont encore chercher à savoir qui a signé ». Il cite le cas d'une maire qui a donné son parrainage en 2007 à Jean-Marie Le Pen. "Elle en a pris plein la tête après".

Edouard Ferrand argumente: "On ne vous demande pas une adhésion politique, mais juste de permettre à quelqu'un qui représente 20% des suffrages le droit de se présenter.

-  Sur le principe, je suis d'accord. De toute façon si elle n’y arrive pas,  il y a aura un problème de démocratie.

- Alors, si vraiment vous êtes un démocrate, vous devriez nous parrainer. 

Le maire décline, il est déjà "engagé avec Corine Lepage" leur dit-il. Il ajoute, un ton plus bas: "Dans ma commune, on vit tranquille, on n'a pas de problèmes d'immigration. Et pourtant, j'ai entre 10 et 15 électeurs FN sur 80 votants. Et avec ce qui nous est arrivé, ça risque de monter...".

"J'en appelle au démocrate", tente Edouard Ferrand. ©Antonin Sabot / LeMonde.fr

©Antonin Sabot / LeMonde.fr

"Ce qui nous est arrivé", c’est l’histoire d'un chasseur du coin qui a tendu un guet-apens à ceux qu'il accusait de lui avoir volé des jerricans. "Il a été condamné, il a pris plus que les voleurs. Eh ben, je peux vous dire que tous ses amis ont dit que la prochaine fois, ils allaient voter Marine Le Pen". Edouard Ferrand rajuste sa pochette en soie. "Les voleurs, c'était des Roms?", demande-t-il. Un sourire entendu lui répond.

Edouard Ferrand évoque encore le remplacement du prêtre qui a longtemps officié dans la paroisse.  "Ce n'est pas trop dur? - Oh, je crois qu'ils s’habituent… ». Avant de partir, il glisse à l'élu un tract de Marine Le Pen. "Elle est blonde. Vous aimez les blondes, Monsieur le maire?". De retour dans la voiture, il décrypte l'échange : "Le nouveau prêtre, c'est un Africain".

Richard Jacob coche les noms des communes visitées sur sa liste. "On s'en sort pas. On s'en sort pas", soupire-t-il, en enroulant machinalement un chapelet autour de son poignet. Nouvelle mairie. Fermée elle aussi. Les deux élus abordent un employé municipal qui leur indique la maison du maire. C'est une femme. "Dans ces communes, il y a pas mal de mairesses, souligne Edouard Ferrand. Les femmes maires, c'est plus difficile. Elles sont moins politisées. Elles sont, comment dire... plus service public."

A la moindre occasion de rencontre, Richard Jacob tend sa carte de visite format XL. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

La Mercedes s'engouffre dans la cour d'une propriété. Madame le maire est là, mais elle est en entretien avec l'un de ses administrés et ne peut les recevoir.  Richard Jacob souligne son nom sur la liste. "Il faudra qu'on repasse, elle m'a bien reçu".

Il reprend le volant, omet de boucler sa ceinture. Dans la voiture, une sonnerie insistante. "Ça, c'est quand il y a un sans-papier qui traîne dans le coin, l'alarme se déclenche tout de suite", s'esclaffe-t-il.

Autre commune, même déconvenue. Le maire n'est pas là. "Allez voir chez sa mère",conseille une passante. Il n'y est pas non plus. "C'est qu'il doit être au hangar, alors",dit la mère. Il y a bien quelqu'un au hangar, en train de manoeuvrer un tracteur, mais ce n'est pas le maire, c'est son père. Il souhaite "bonne chance" aux deux militants."Si c'était lui le maire, on l'aurait la signature !", soupire Richard Jacob.

La traque se poursuit quelques kilomètres plus loin. Là encore, il faut aller frapper au domicile de l'élu. Cette fois, l'accueil est chaleureux. "Oui, donnez-moi le papier. J'y réfléchis depuis quelque temps à vous donner mon parrainage. C'est pour le monde ouvrier et pour la démocratie. C'est pas normal que 20% des électeurs ne puissent pas accéder à la présidentielle. Surtout que, dans ces 20%, il y a beaucoup d'ouvriers qui nourrissent les autres", lance le maire. "Et votre conseil municipal, qu'est-ce qu'il en dit?" demande Richard Jacob. "Le conseil? J'en ai rien à faire!". 

©Antonin Sabot / LeMonde.fr

Sur la route entre deux villages, Richard Jacob décroche son téléphone. A l'autre bout du fil, la voix de Jean-Pierre Soisson: "Vos affaires ne s'arrangent pas, hein?"

A 76 ans, l'ancien président du conseil régional de Bourgogne - qui avait été réélu grâce à un accord avec le Front national - a annoncé qu'il se retirait de la vie politique et qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat à l'Assemblée en juin.

Il poursuit:

- Pourtant, j'ai appelé un certain nombre de maires pour vous, mais les gens sont réticents

- Et toi, tu peux pas nous le donner ton parrainage?

- Non, ne me demande pas ça. C'est pas possible. Je vous donne un coup de main bien volontiers. Mais je ne peux pas faire plus. Les gens me disent: "Eux, ils ne s'intéressent à nous que pour la présidentielle. Vous devriez y réfléchir, faire du terrain, avoir des élus...Bon, je vous laisse". 


18:54 Écrit par La Vaire | Lien permanent | Commentaires (0)

11/02/2012

Juif et Front national

Jacques Rosen, un juif qui vote Le Pen

 

Jacques Rosen fait parti du bureau de l’Union des Français Juifs, une association qui soutient la candidature de Marine Le Pen aux élections présidentielles.

L’homme, sûr de son action et de son bien fondé, explique pourquoi être juif et soutenir Marine Le Pen n’est pas incompatible.

« Voter Marine Le Pen ce n’est pas une mauvaise chose pour les juifs français comme on l’entend partout.
Au contraire, à l’UFJ on pense qu’aujourd’hui c’est la seule candidate qui est capable de défendre nos intérêts. »
Si cette phrase vous paraît surréaliste, pas la peine de vous pincez, vous ne rêvez pas.
A quelques mois de l’élection présidentielle, certains juifs de France ne semblent conquis ni par Nicolas Sarkozy, ni par François Hollande.
Non, la nouvelle coqueluche d’une frange de la communauté juive ne serait autre que Marine Le Pen, candidate du Front National, un parti qu’on ne présente plus.
Peut-être est-ce tout de même utile de rappeler que le président d’honneur de ce parti n’est autre que Jean Marie Le Pen, celui là même qui avait déclaré que « les chambres à gaz ne sont qu’un détail de la 2nde guerre mondiale. »
Une déclaration dont on se soucie peu à l’UFJ : « on n’appelle pas à voter Jean Marie Le Pen ou le FN on appelle à voter Marine Le Pen. »
Difficile pourtant de dissocier une élue de son parti, d’autant plus lorsque cette élue est la présidente du parti.
Mais Jacques Rosen n’en démord pas, « il est temps de tourner la page, de passer à autre chose parce qu’aujourd’hui en France on a des problèmes plus graves que ca. »

10:51 Écrit par La Vaire | Lien permanent | Commentaires (0)

08/02/2012

Pierre Lartigue



images.jpg Pierre Lartigue : « Pourquoi je vais voter Le Pen »

Pour les passionnés de courses de voitures, ce nom vous sera forcément familier. Pour les autres, voici les grandes lignes de son CV. Trois fois vainqueur du Paris-Dakar (de 1994 à 1996), quadruple champion du monde des Rallyes Raid (de 1993 à 1996), Pierre Lartigue possède l’un des plus beaux palmarès du sport automobile français. La semaine dernière, il a refait parler de lui. Pas en signant en un nouveau record sur l’asphalte mais en choisissant son camp pour l’élection présidentielle. Il a décidé de rallier le comité de soutien de Marine Le Pen.

Pierre Lartigue est à ce jour le seul sportif à avoir dit publiquement qu’il glissera un bulletin Le Pen dans l’urne le 22 avril prochain. « J’en suis fier », nous confie-t-il en début d’interview. « En France, les gens ont peur de dire qu’ils supportent le FN, ce n’est pas normal ». Lui ne se cache pas. Mis à part une petite infidélité en 1981 pour voter Mitterrand, il a toujours voté à droite. En 2007, il va plus loin et choisit le FN pour la première fois.

A 63 ans, Pierre Lartigue ne fait pas partie des anciens sportifs qu’on voit régulièrement sur les plateaux de télé. Après sa carrière sportive, il a voulu retravailler. Aujourd’hui, il est ouvrier dans le bâtiment dans la région niçoise, « histoire de récupérer ses derniers trimestres pour sa retraite ».

« La seule capable de faire bouger les choses »

Pourquoi a-t-il choisi de voter Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle ? « La réponse est simple, c’est la seule qui dit vraiment la vérité ». Et de rajouter : « les autres partis font des promesses en permanence mais ne font jamais rien ». Et même si le Front National n’a jamais accédé au pouvoir, Pierre Lartigue est persuadé que « Marine Le Pen est suffisamment bien entourée pour gouverner ».

Au fil de la discussion, son discours se durcit. Il pointe du doigt certains coupables comme les « étrangers qui profitent du système » ou les « assistés qui ne veulent pas travailler ». Il est aussi très remonté contre les journalistes « qui s’attaquent en permanence à Marine Le Pen sans jamais la laisser s’exprimer ».

Totalement désabusé par la classe politique, il a donc décidé de rallier le FN. Plutôt confiant pour sa candidate, le « Sébastien Loeb des années 90″ lâche un dernier coup de gueule en guise de conclusion :  « ça fait 40 ans qu’on a la droite et la gauche, il est temps d’essayer autre chose ».

15:27 Écrit par La Vaire | Lien permanent | Commentaires (0)